Infiltration

C’est en allant une quatrième fois sur le toit des douanes de Buenos Aires accompagnée d’une amie que j’ai pu prendre ces photos. La batterie de l’appareil s’éteint éteinte lors de notre dernière expédition, m’empêchant de prendre de précieux clichés. Je me suis promise de ne plus jamais commettre cette erreur de débutant.

La montée de l’échafaudage est devenue une routine. Nous savons exactement par où passer et nous nous glissons sans bruit et sans encombre jusqu’au sommet. Le toit nous est désormais familier. Nous montons dans la première tour prendre quelques photos et admirer la splendide vue dont nous ne nous lassons pas. La seconde tour, dispose d’un échafaudage qui nous permet d’aller plus haut encore que sur la 1ère tour. Nous y monterons également.

Mais ce soir nous avons une drôle d’impression sur le toit. Le petit escalier de métal qui  descendait du sommet de l’échafaudage jusqu’au sol du toit a été déplacé, il nous a fallu sauter quitte à manquer de discrétion . La seconde tour était éclairée de l’intérieure alors que tout était éteint la dernière fois. Plusieurs questions nous traversent l’esprit. Et si ils s’étaient rendu compte de nos visites nocturnes ? Et si nous n’étions pas seules ? Très vite nous chassons ces doutes de nos esprits et répétons ce que nous prévoyons à la police si elle nous surprend : « Nous sommes photographes et prenons des photos pour notre blog depuis les toits de la capitale » . La vérité pure et simple. Bien sur, pour la partie qui va suivre l’excuse des photos ne fonctionnerait pas. Je rassure ma complice d’exploration en lui disant qu’un dimanche à minuit il n’y a surement pas un chat dans les douanes. Ou plutôt si, seulement un chat, que nous voyons filer devant nous.

Nous nous dirigeons vers la petite pièce situé au centre le long de la bordure du toit. Les lumières sont allumées, elles le sont en permanence. Le pourquoi reste un mystère. D’ailleurs toutes les fenêtres du bâtiments sont éclairées. Comme si on avait voulu donner l’impression que les lieux étaient occupés. Nos précédentes escapades nous ont prouvé le contraire. C’est donc confiantes que nous pénétrons pour la seconde fois dans cette pièce. Ce qui frappe l’oeil en entrant c’est cet alignement ultra-moderne de compteurs d’eau et d’électricité. Des diodes rouges, vertes et jaunes parcours les caissons métalliques renfermant le système électrique de l’édifice.

Une trappe au sol nous permet d’atteindre les combles. La tache est facile : une échelle posée à côté nous permet de descendre entre les poutres et le plafond du troisième étage. L’aventure s’intensifie. Ma lampe torche balaie l’obscurité et laisse apparaître tuiles et poutres. Nous marchons sur des grandes planches de bois à la lueur de la torche. Sur notre droite, plus bas, nous apercevons des bureaux éclairés grâce à l’ouverture laissée par des plaques de plafond disparues. Je suis surprise de voir qu’ils utilisent encore des ordinateurs très anciens, le genre de gros cube encombrant. Après 3 minutes de marche délicate, nous atteignons l’ouverture qui nous mène dans une autre pièce. De multiples vieilleries jonchent le sol. Des chaises, deux bureaux, des vieux cartons, beaucoup de poussière, des outils, un pull laissé par un ouvrier, un ordinateur poussiéreux des années 90, des vieux devis, des enveloppes froissées, des pots de peinture entamés… Dans les tiroirs, des plans du bâtiment. J’en avais déjà emporté un la dernière fois. Par sécurité je décide de ne pas en emporter cette fois-ci. Si on nous surprenait avait un tel document dans le sac à dos, ils s’imagineraient que nous avons quelconque intention criminelle. Et nous aurions de sérieux ennuis.

Après quelques minutes de fouilles dans cette pièce nous décidons de reprendre le chemin inverse, nous remontons à là surface, refermons la trappe et ressortons au dehors. Un vent froid souffle et contraste avec la chaleur de la pièce d’où nous venons. Nous nous dirigeons vers l’échafaudage et entreprenons la descente. En cours de route, je sors de l’escalier métallique et commence à marcher sur la bordure de pierre qui longe entièrement le bâtiment. A quelques 20 mètres du sol nous progressons lentement un main contre le mur, l’autre tenant la lampe, les yeux fixés sur le « sol » et l’esprit concentré. Les voitures et les bus passent en dessous de nous, quelques piétons traversent, mais personne ne lève la tête. Nous observons vivre la ville, perchées sur les hauteurs. Nous sommes à la fois visibles et invisibles. Nous voyons tout mais personne ne nous remarque… Nous longeons le bâtiment, passant prés des fenêtres. Tous les bureaux sont vides mais toutes les lumières sont allumées. Nous avons l’impression de visiter le bâtiment depuis l’extérieur.

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